IRONMAN NICE / UNE JOURNÉE EXTRAORDINAIRE


Cet Ironman fut l'aboutissement de 6 mois de travail (12 mois en réalité).

Alors que retenir ? Tout ! L'ambiance tout au long de la course, le départ natation dans un silence de mort, les moments partagés avec Victoria durant la course à pied, les instants de doute, de plaisir (qui ont été rares), les regards, les encouragements et cette dernière ligne droite, pleine d'émotions.


Je garde de cette expérience EXTRAordinaire des souvenirs plein la tête, des anecdotes (comme la fille qui se met à faire ses besoins à côté de moi, ma magnifique glissade dans le parc à vélo, les bonnets de toutes les couleurs sous l'eau..)


Je l'ai tellement simulée, travaillée et imaginée cette course, je l'ai tellement rêvée..


Pour ce qui est du CR strict voici mon récit

Un départ digne d'un combat de phoques


5h30 : mes affaires sont déposées dans le parc à vélos. Lentement, nous avançons les uns derrières les autres sur le tapis qui nous mène à la première étape du long combat qui nous attend.

6h15 : la pression monte, la musique s’intensifie. Nous sommes 2600 petits bonhommes en combi attendant le coup de pistolet libérateur. Je me place dans le SAS des – d’une heure, entouré de jolis bonnets OR AWA qui indiquent que les mecs sont dans les 100 meilleurs Ironman du monde. Rassurant ? Je ne sais pas mais j'ai choisi de me dire que oui. Ils ont l'expérience, la sagesse.


6h30 : c'est parti !

Ça démarre à bloc. Coups de têtes, coups de coudes, coups de pieds.. Le coach a dit à fond jusqu'au 1er kilomètre. Je prends mon rythme au bout de 400m. Je tiens, toujours entouré des bonnets OR.

Je pense à toutes ces heures dans l'eau, à ce long apprentissage qui a débuté en novembre. Je savais à peine nager à l'époque, cette progression est le fruit d'un gros travail : des heures de visionnage de vidéos, de conseils et de séances extrêmes en mer. Sortir de l'eau en bonne condition à un prix, celui d’un travail acharné.


Après 2km8, sortie de l’eau à l'australienne que je redoute un peu. Finalement ça passe, je repars à bloc pour le dernier kilomètre. Je suis dans un groupe de 30 mecs. Je vois des bonnets au fond de l'eau, des lunettes, des méduses… Cette course est une guerre. Je sors de l’eau et regarde ma montre : 58mn quelque chose, 1h sous l'arche. Belle natation, Vamos !


Bike, 180 km : objectif 5h


Je prends mon sac de transition, mets un maillot, mes chaussettes et chaussures.

C'est reparti !

J’essaie de prendre un bon rythme dès le départ, je double les mecs par dizaine. Quelques uns me doublent alors que je roule à 45/46, des gars sont plus fous que moi, ou plus forts tout simplement.

J'arrive au pied de la première montée que je monte au train, je double la 2ème fille, Xavier est un peu plus loin dans un groupe conséquent.

Je passe bon nombre de concurrents, je n'ai pourtant pas l'impression d'aller très vite..

Je me retrouve avec 3/4 coureurs de mon niveau au pied du col de l'Ecre, je poursuis la montée à un rythme régulier. Pause ravitaillement de 30", puis remise en route avec Xavier qui s'est accroché dans un groupe.


Les sensations ne sont pas mauvaises mais je sens que je n'arrive pas à accélérer, comme anesthésié par la chaleur. Dur de manger, j'en profite pour boire dès que le parcours le permet. Il fait chaud, le soleil tape. Je m'arrose à chaque ravitaillement, me rince la bouche et avale ce que je peux.

La partie centrale de ce vélo est très compliquée à gérer.. Usant, chaud, faux plats montants/descendants.

Il faut en garder mais pas trop, rouler vite mais pas trop, tout ce que j'aime.

Passé le dernier col, je me lance dans la dernière partie pour aller très vite, l'objectif des 5h à vélo ne sera pas réalisé mais je me dis que ce n'est pas plus mal. J'ai l'impression d'être entamé mais j’ai encore du jus. Une petit gêne au ventre apparait, ça c'est moins bon.

Je suis avec Emma Pooley (2ème fille) les 30 derniers kilomètres. Elle pèse 20kg de moins que moi mais semble plus puissante sur le retour vers Nice.


Après 5h15, je dépose le vélo dans le parc. Virage à gauche pour aller chercher mon sac de T2 (transition 2) et là... Patatra. Tentative de triple boucle piqué avortée, conclue par une magnifique glissade latérale. C’est rien.. à cet endroit là il y avait juste 50 personnes en train de regarder les transitions.

Allez, on se remet tranquillement de ses émotions, on enfile les pompes, la casquette et on enlève le maillot Aéro de vélo : la course commence maintenant !


Le marathon le plus long du monde


Je pars sur des bases travaillées à l'entraînement : 4'40".

Dès le départ, je sens que quelque chose ne va pas, que la machine n'est pas aussi bien huilée que d'habitude. Je vais devoir me battre plus tôt que prévu !

Premier ravito : coca/eau sur les conseils des spécialistes pour arranger mon ventre. Je n'arrive pas à courir, j'ai des crampes d'estomac. Je me tords de douleur mais je ne dois rien lâcher.


La douleur est de plus en plus intense. J'essaie de l'oublier, de me concentrer sur des points positifs : il ne me reste que 3 tours et demi par exemple.

Mentalement, je suis prêt, rien ne peut m'arriver. Je finirai cette course coûte que coûte. Ne jamais rien lâcher, jamais !


Les kilomètres s'enchaînent, je vois des dizaines de mecs me passer devant sans pouvoir réagir. Je suis amorphe et il m'est très difficile de respirer normalement.


Je dis à Victoria que j'ai besoin d'elle. En réalité, je n'ai jamais eu autant besoin d'elle, c'est le chaos dans ma tête, j'ai envie de me frapper pour arrêter la douleur, de sprinter pour abréger ma souffrance. Elle m'encourage, m'accompagne, me dit que beaucoup de gens m'aiment, qu'elle reçoit plein de messages de soutien, que le coach est content. Ça me relance un peu, mais vraiment un tout petit peu.

Elle me dit également d'autres choses qui lui échappent probablement, des choses qu'on ne dit qu'une fois dans une vie.


Je suis là, au milieu de cette foutue Promenade des Anglais avec la personne qui me connaît certainement le mieux sur cette terre. Elle est là, sur son vélo qui couine, je tente de la suivre. Je suis mort.

Dernier tour, je prends cet ultime chouchou, je l'ai tant rêvé. Je sais que ça va être dur mais 10km c'est quoi dans une putain de vie ?!


Allez, focus. Je reçois les encouragements des copains de Compex, de Zerod, Compressport, de la famille Bayssat.

Allez, on lâche pas.

J'ai le ventre décomposé mais je n'arrive pas à vomir.

J’aperçois un ravito, je décide de lui régler son compte : je prends un gel, de la boisson de l'effort, un verre d'eau, un verre de coca. On verra bien. 30m plus loin, je rejette copieusement le tout en 5 fois.


Ce dernier tour va être encore plus dur que je ne l'avais imaginé.

Tous les 500m, je demande combien de kilomètres il reste, j'encourage des mecs, les relance comme pour faire du bien aux autres puisque je n'arrive pas à le faire avec moi même.


Dernier ravitaillement, je suis liquide, je ne suis plus là.

Je prends une décision avec moi même, ne plus m'arrêter de courir (si on peut appeler ça courir) jusqu'à l'arrivée. C'est un combat, je pense à Victoria, à cette dernière ligne droite, à la mer qui me tend les bras après l'arrivée, à m'allonger par terre juste après la ligne.


Plus que 2,3km. Je vois les tentes de l'Ironman expo, le Negresco, je relève la tête et commence le dernier round contre moi-même.

Mon ventre est anesthésié, mon corps entier est à l'agonie. Je vois les dernières douches : tant pis coach je craque, je passe dessous comme un bourrin et poursuis ma course (marche est le mot plus approprié).


1km, 750m, 500m, le salon, 250m, la dernière ligne droite. Je vois l’arche.

J'y suis putain, j'y suis. Je craque complet, les larmes, je crie et vois enfin Victoria sur la droite, je tombe dans ses bras. Encore 2 mètres, je passe sous l’arche. Je ne réalise pas que je l’ai fait. J'ai du mal à profiter. Je suis dans un état second, on me remet la médaille, elle pèse 100kg autour de mon cou.

Je l'ai fait, dans des conditions que je n'aurai pas imaginé, que je ne voulais pas imaginer mais je l'ai fait.

I'm an Ironman.


Cette sensation en passant la ligne peut s'apparenter aux sensations que j'aie pu ressentir en levant les bras dans ma carrière vélo.

Tellement de sacrifices, de moments de solitude, tellement de travail.

J'ai arrêté le sport pendant plus de 3 ans, pour le reprendre il y a seulement un an, avec cet objectif en ligne de mire.


Ce combat, ce voyage au plus profond de moi restera gravé. J'ai passé des milliers d'heures sur mon vélo mais jamais je n'ai ressenti une telle douleur, une telle détresse physique. Ces 11h d’effort resteront, la mémoire physique de mon corps et mon esprit s'occupera du reste.

Intégrer puis transférer pour grandir, telle est ma devise.


Je tiens une nouvelle fois à vous remercier, chacun pour les messages, les moments, les encouragements.

Cette aventure partagée était une première pour moi, je m'excuse de vous avoir soûlé d'informations, de chiffres et de récits.. Je ne conçois plus le sport comme une aventure individuelle mais comme un plaisir partagé.

Je n'ai plus rien à prouver, j'ai par contre beaucoup à transmettre.

J'espère donc en avoir inspiré certains, avoir transmis à quelques uns un peu de ma passion, de mon engagement.


N’oubliez jamais que la vie est un challenge à relever, un livre à écrire.

Prenez vos baskets ou enfourchez votre vélo… Votre seule limite, c'est vous.

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