LE REGARD DE L'EXPERT : L'ENTRAINEMENT CYCLISTE PAR NIELS BROUZES

Cette semaine, "Le regard de l'expert" va nous parler de vélo (quelle surprise!) et d'entrainement cycliste. Ce regard, c'est celui d'un homme qui sort du carcan normalisé des entraineurs modernes bardés de diplômes et dont certains n'ont parfois jamais pratiqué le sport à un haut niveau.

Lorsqu'on courrait ensemble, Niels Brouze était pour moi bien plus qu'un simple coureur. Niels c'était LE coureur. Celui qui allait rouler 6h avec un sac de 10kg sur le dos, qui pratiquait le pignon fixe alors que plus personne n'utilisait cette méthode d'entrainement et qui maintenant, excelle dans une nouvelle discipline : celle de faire revenir les pros sur la piste.

Aujourd'hui coach, Niels entraine plusieurs coureurs, amateurs et professionnels dont Stephane Rossetto, coureur professionnel à Auber 93, futur coureur de l'équipe Cofidis.

Niels, tu as toujours souhaité être le meilleur athlète possible en refusant presque catégoriquement l’utilisation des capteurs de puissance pourtant très courante chez les coureurs cyclistes, pourquoi ?

Effectivement après avoir essayé cet outil durant 3 semaines j'ai vite fais le tour, il m'avait juste aidé à constater des données que je maitrisais, c'est uniquement un outil de constatation.

Connaissant le but de ma journée sur mon vélo, j'avais juste à écouter mon corps pour connaitre la suite de mes entrainements. Les capteurs de puissance sont très utiles pour ceux qui s'entraînent sans avoir connu ou pu comprendre leur corps, il est très bon pour les scientifiques qui expérimentent des entrainements sur des coureurs, ne connaissant pas parfaitement, voir pas du tout l'effet de leurs entrainements. Ils ont alors toutes les données qu'ils pourront exploiter pour continuer leurs travaux. L'être s'oublie aux chiffres, les chiffres font oublier l'être qui s'oublie à lui même. Une anecdote qui me fait toujours rire; quand certains coureurs m'appellent pour les remettre en phase avec eux même, je leur demande toujours d'aller faire 4h tranquille sans aucun indicateur, et à chaque fois, j'ai le droit à "j'étais perdu dans la nature, aucun repère!" c'est déjà assez dur le week end de se concentrer pendant 5-6h dans un peloton nerveux, pourquoi y laisser encore du jus la semaine contre un boitier?... Je préfère mon outil de constatation, la course. La semaine je suis plutôt dans le partage de données humaines, avancer aux sensations. Il faut des méthodes pour tout le monde, j'ai la mienne.

Tu as toujours été très novateur, comment préparais-tu tes saisons et comment sentais-tu que la forme arrivait ?

Mes préparations hivernales se résument à ça : 10 années, 10 méthodes, beaucoup de bêtises. J'ai toujours essayé sur moi même des méthodes d'entrainements mais j'ai toujours su quand j'arrivais en forme, mon poids, mon biorythme, j'étais plutôt un coureur d'équinoxe printemps - automne, le mois d'avril a toujours été le lancement de ma saison, durant toutes mes années et ce malgré toutes les méthodes utilisées.

Tu avais des parcours type ?

Il est important de connaitre une bosse, une ligne droite, un parcours pour se donner un petit repère personnel mais à utiliser occasionnellement. Combien de coureurs se testent sur chaque entrainement "pour voir" disent-ils, quitte à se perdre sur de fausses sensations. J'ai appris qu'il était important d'avoir un endroit à soi, moi j'avais ma bosse, la butte des princes pour les connaisseurs de la région parisienne.

Le derrière engin à vélo est un outil indispensable pour toi ?

Le derrière moto est pour moi indispensable à la performance d'un athlète, on a rien inventé, Jacques Anquetil utilisait déjà ce mode d'entrainement spécifique.

Que penses-tu du travail sur Home Trainer ?

Le Home Trainer est un super outil. Je l'utilise pour plusieurs raisons à des périodes précises. Mais je fais très attention car l'utiliser trop souvent peut être très néfaste pour le corps.

Tu préfères la piste peut être ?

La piste... là on joue avec mes sentiments, une passion, c'est encore un autre style d'entrainement à une période de préparation différente, qui correspond bien pour des coureurs rapides, sprinteur-rouleur. Objectif : coup de pédale, puissance, vélocité.

La musculation sur le « vélo » fait partie de la base de travail que tu donnes à tes coureurs ?

Il m'arrive régulièrement de faire des rappels de force, il faut toujours rappeler au muscle qu'il existe.

As-tu pratiqué la musculation hors vélo ?

Ayant essayé multiples méthodes, la muscu a fait partie de ma vie de coureur. Durant l'hiver 2008, je poussais 150kg en squat libre, pour un routier c'était pas mal. Mais perso, le bénéfice imaginé en puissance s'était plutôt transformé en déficit de temps, le temps de faire fondre la masse musculaire en trop pour un coureur de mon style. C'est en faisant des erreurs que l'on évolue! Une expérience de plus.

Tu parles souvent de sensations, qu’est ce que ça veut dire pour toi ?

C'est très simple. Sans outil on se concentre sur soi, on se découvre au fil des jours, des semaines, des mois et des années des sensations physiques, psychologiques et autres. C'est la base de mon travail, j'ai tellement été loin dans la perception de mon corps, que ce soit sur le plan physique sur le vélo ou bien en dehors, que j'ai réussi à comprendre certaines subtilités du corps humain intéressantes que je traduis en sensation.

L’apprentissage des sensations est donc la base de tout apprentissage de performance ?

On parle de ma méthode où je partage beaucoup de sensations pour avancer vers la performance mais qui ne convient pas à tout le monde.

Pour conclure, comment définirais-tu l’entrainement parfait ?

L'entrainement parfait, c'est de bien choisir sa méthode d'entrainement, et le plus important, croire en ce que vous faites !

Il n'y a pas de meilleur entraineur, il y a uniquement une bonne combinaison athlète-entraineur! Il faut que le courant passe, la clef de votre performance, c'est vous.

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