AlpsMan, tu as eu ma peau !

Le lac d’Annecy, ses paysages fantastiques et sa douceur de vivre.

Oui mais, oui mais..je suis venu ici pour le AlpsMan, ce nouveau triathlon extrême qui porte bien son nom.

Pourquoi ? Parce que les 3,8km dans le noir quasi complet, les 183km avec 5000m de dénivelé positif et les 42km à pied, dont le fameux Semnoz pour finir, oh une brindille (1300M de D+ en 15km presque exclusivement en trail) feraient fuir plus d'un aventurier triathlète en quête de sensations intenses.


ALPSMAN, MON AMOUR

Je vous épargne donc ma prépa minimaliste, le manque de temps pour m’entrainer, la difficulté à se motiver pour concilier sport longue distance et travail intense (étant la moitié du temps en déplacement).

Je vous épargne aussi les doutes, les remises en question constantes sur le pourquoi du comment de ma présence sur un chantier pareil, de mes questions existentielles sur l'objectif précis de ma présence ici sinon celle d'apprendre, de grandir en touchant du doigt mes limites physiques et mentales.

Après vous avoir épargné tout ça je peux passer aux choses sérieuses.


(Ce début de récit égocentré est à lire avec "You de Gold Panda" dans les oreilles !) Toutes les photos de cet article sont de l'excellent JacVan pour Trimax Magazine

Samedi 3h, Wake up

3h : Youpi, dormi 3h30, j’ai beau être matinal j’ai mal. Heureusement que j’ai pris 4-5 jet lag en 2 mois parce que sinon ce moment aurait été un cauchemar. Là j’ai juste l’impression qu’une hôtesse Air France vient de me réveiller.

Je descends au petit dej, mange ma mixture habituelle d’avant course.

Je me prépare ensuite 10 petits sandwichs salés que j’aurai le plaisir de retrouver durant ma partie vélo. Un toutes les 30mn environ même si c’est rarement aussi précis et encore plus en montagne lorsque le terrain est hostile.

Je prépare mes boissons, pas de produits énergétiques pour ma part mais eau, citron, sirop d’agave et sucre complet et crème d’orge.

4h : je pars de l’hôtel, avec le sourire, il fait nuit noire, embarquement dans le bateau à 5h. On fait vraiment un sport de fous/cons/grands malades..

4h15 : dépose de mes sacs ravitaillement et change au parc à vélo, dépose du vélo, on y est presque.

J’enfile ma combi, croise des regards angoissés, des sourires, des débuts de larmes.

5h : le bateau est là, les athlètes et accompagnants sont mélangés, les familles et amis sont plus stressés que les athlètes, l’ambiance est un savant mélange entre angoisse et excitation. Je suis pour ma part très détendu.


No stress, ce n'est "que" du sport

Ma seule inconnue : allons-nous pouvoir percevoir la (bonne) bouée à 3km ? Allons-nous être guidés ?

5h40 : des sourires, des larmes, des câlins, des encouragements, de la peur. On y est ! Dans 10mn, nous allons nous jeter à l’eau c’est le cas de le dire.

Comme l’organisation l’annonçait « Les participants plongeront au milieu du lac classé comme le plus pur d’Europe ».

Là, je ne vois pas trop la pureté, je vois un mur noir devant nous.

On nous réunis au bout du bateau, on nous met la musique qui fait peur, vous savez la musique qui fait sortir la larme que vous ne vouliez pas faire sortir. Vous savez celle qui vous fait sourire et pleurer en même temps.

Les accompagnants, le staff, les organisateurs forment une haie d’honneur. Je me place dans les premiers. Il faut y aller de toute manière.


C'est parti pour une très longue journée de sport

Le départ est constitué de 5 bouées AlpsMan espacées de 50m chacune.

Premier coup de brume. Je replace mes lunettes, tape dans le dos des mecs autour de moi, encourage Marcel (Zamora) qui se trouve juste devant.

BUUUUUU ! C’est parti pour une longue journée de sport, ces journées qui marquent l’âme et l’esprit à jamais.

Je nage comme un gamin de 5 ans pendant 100m, impossible de me placer. Des gars partent à droite, d’autres à gauche, je prends l’option d’aller tout droit, pour moi la bouée était en face. J’ai 5 mecs autour de moi, un canoë me dit que je suis dans la bonne direction.


En face c’est lumineux et c’est tout ce qui me rassure. En fait, la lumière en face c’est Annecy.

Je nage, je nage, je nage, il y a de moins en moins de bonnets verts autour de moi, de plus en plus de courants. Où es-tu chère bouée des 3 premiers kilomètres ?

Je vois un peu flou dans la buée de mes lunettes mais la grappe de 5 nageurs tourne brusquement à gauche, le kayak nous conduit vers la bouée des 3km, elle est là, à 300m.

Quelques coups de bras et demi-tour, 3150m à la montre, je suis bon.

Le retour est une galère, courants, vagues, c’est pas Biarritz mais ça secoue quand même pas mal, impossible de respirer à gauche, ça m’arrangerait presque tiens.

Je me bas, prends l’axe des lumières comme objectif, le courant me déporte un peu. 400-300-200-100, j’entends les cris, je me relève, la tête embuées.

On est sur la berge après 4000m de course.

Arrivé dans la tente, on me dit que je suis 50-60e que des gars ont coupé, que d’autres ont fait 4800m, je ne comprends pas ou du moins je n’ai pas envie d’entendre, c’est du passé.

Je m’essuie, mange une banane, me concentre, mets mon maillot, mes chaussures et c’est parti.


Maintenant c’est vélo ! (Bicycle Race de Queen est votre ami pour cette partie)

Ma partie préférée ou du moins, celle sur laquelle j’ai le plus d’expérience.

Je pars très cool, très souple. 30km de montée, le début est très raide, je le sais, je gère un maximum, des gars me doublent à bloc.

« AlpsMan, le voyage d’une journée à travers des paysages uniques de Haute-Savoie, une expérience inoubliable. »

C’est à peu près ça oui, avec le D+ en plus.

Les 5 premiers kilomètres de cet AlpsMan sont très durs, 6-7% réguliers, après la natation ça fait bizarre, il faut gérer cette ascension du Semnoz.

Alors, on laisse les kilomètres défiler, 10-8-5km du sommet, en mangeant, buvant pour ne jamais être en carence. Je croise Elodie Arrault, en relais avec Marcel. 3-2-1 km, il fait froid, je ferme mon k-way et c’est parti pour la descente.

Premier virage, je vois un mec le visage ensenglanté (j’apprendrai plus tard que son boyaux a explosé, bon rétablissement à lui).


La partie intermédiaire entre le pied du Semnoz et Lescheraines est roulante mais attention, c’est le genre de partie qui use les organismes. Je gère donc en gardant toujours de la vitesse, il reste 5 cols, dont 2 fois le binôme Col de Plainpalais et le terrible Col des Prés.

Lescheraines, 2eme ravitaillement du jour, je prends le temps de remplir mon bidon, de prendre mes sandwich, de manger une banane, de remercier les bénévoles sur place.

On repart à 4, direction le Col de Plainpalais, ce col que je ne montais jamais l’hiver quand j’étais coureur ici car très froid.

Le temps est encore clément, 14-15°C, en montée ça passe très bien. Je ne suis pas au top dans cette seconde ascension du jour, je remange et re-bois constamment.

Je croise des coureurs, certains me doublent, j’en double d’autres. Le ratio est plutôt bon.

Passage au sommet, pit-stop au ravito et ça repart.

Descente rapide, que je connais par cœur, je m’amuse et prend quelques risques mesurés à 70-80km/h, j’aime cette sensation grisante.

Le pied du Col des Près arrive vite (trop vite ?), la voiture de l’organisation m’encourage, c’est parti pour 10km d’ascension en gestion presque totale.

C’est pas la grande forme, déjà mal aux jambes. Ne lâchons rien, il reste encore 100km à tirer.

5-4km du sommet, les pentes sont plus abruptes, je m’accroche et relance.

Ma tactique était de gérer pendant les 100 premiers kilomètres vélo et ensuite de lâcher un peu la bride pour « ramasser les morts ».

Sommet, ravitaillement, on se recouvre et c’est parti, je ne prends jamais plus de 1mn au ravitaillement, pas le temps, le timing est trop court pour aller au Semnoz.

Descente roulante, je double la première fille alors que la pluie fait son apparition pour la première fois.

Lescheraines arrive et mon sandwich (mon 8e de la journée) par la même occasion.

C’est parti pour le 2e Plainpalais du jour, je me cale à un bon rythme, à mon seuil ventilatoire 1. C’est confortable, je déroule et mets le moins de braquet possible.

5-4-3-2-1-0, déjà le sommet, c’était moins dur ce tour ci, non ?


Dernier col du jour, la pluie arrive et le froid..avec

Dernier "vrai" col, les Prés. La pluie fait son apparition , la pluie battante même, la pluie froide. Je prends mon allure, gère les 5 premiers km et lâche les chevaux ensuite. Sommet.

Roulante, usante, cette partie est à prendre avec des pincettes.

J’ai un peu froid dans les premiers kilomètres de descente, je fais tout pour gagner du temps, pédaler le plus vite possible pour me réchauffer.

Je croise un troupeau de vaches, je dois m’arrêter, je caille, je tremble, je ne peux plus freiner ni changer de vitesses mais il le faut. Je gueule comme un connard et tremble de tout mon corps, j’avais pas prévu d’avoir aussi froid.

Dernière ascension, je monte à 17-18km/h, relance et fait une descente de dingue pour arriver jusqu’au parc.

On m’annonce que je peux monter là haut si je cours à 10-11km/h. Je suis 19e à la dépose du vélo.


Reste 27km de combat + 15..de plaisir


Ça glisse, c’est boueux mais ça me plait. Je me cale sur 5’/km, si je tiens ça je monte là haut.

Premier tour de 7km au feeling toujours à 5’, je suis encore pas mal même si j’ai quand même un peu froid. Je transpire dans mes habits trempés..

10 premiers kilomètres bouclés à 5’ au kilomètre, tout est parfait. Je veux tenir 5’15 au kilo ensuite pour assurer.

Je me mets la misère et tiens 5’15/ 5’20 durant ce second tour.

Chaque kilomètre passé m’emmène plus près de mon but, ce kilomètre 27, ce fameux tournant qui emmène les meilleurs au sommet, les autres seront Lake Finishers.

Je ne suis venu que pour ce Semnoz, que pour aller là-haut.

Fidèle à mon plan, je me bats pour tenir 5’30 désormais dans les 5 derniers kilomètres, on me dit que ça va le faire, des mecs me reprennent, m’encouragent mais je sens que ça m’échappe, j’ai à moitié mal à la tête, à moitié mal au ventre, à moitié mal aux jambes, à moitié mal au torax, à moitié mal partout.

Je sens que je suis plus tout à fait là en fait. C’est un cauchemar, je me bats comme un chien, je me vois déjà là haut avec les larmes, à genoux au sommet.

500m, je demande si ça va le faire, on me dit qu’il me reste en fait 10mn, qu’il ont rallongés les délais, je verse une larme, me ravitaille.

Putain, je l’ai fait. Je n’ai plus qu’à grimper, à monter là haut, j’ai réussi mon objectif, être dans les Top finishers.

Mon corps me lâche, mais il me reste encore le courage et le coeur ! (avec ça dans les oreilles)

Je sens néanmoins que c’est pas la fête dans mon corps là. J’ai tout sauf la grande forme.

Je sens les regards inquiets de l’orga.

Je mange, bois (un peu trop d’un coup) et je me sens moins bien soudain.

J’enfile mon sac de trail, mes Hoka, mange une banane et repars en marchant. Nous sommes 27 apparemment à avoir franchi le cut.

La tête qui tourne, j’ai froid, on me donne une couverture de survie. Je tente de trottiner mais je suis mal.

Je caille terriblement, tremble de partout, je suis blanc, vert. Je ne suis certainement pas beau à voir.

Des bénévoles (femmes) enlèvent leurs fringues sèches et échangent avec les miennes.

On me conseille de faire attention, de ne pas y aller si je ne le sens pas.

Je ne sens plus rien en fait. Je l’ai faite cette ascension, j’en connais la difficulté, c’est un chantier terrible.

Je me vois de l’extérieur, je vois cette scène, je suis en train d’abandonner, tout ce que je m’interdis toujours de faire.

Lâcher, abandonner ne sont pas dans mon vocabulaire.

J’ai l’impression de ne plus être là.

J’ai 10 secondes pour décider..

Je m’assois, craque un bon coup et décide de faire demi tour. Je vais directement à la tente médicale et lâche toute la pression d’un coup. Je suis comme soulagé.


C’était devenu trop dur pour le corps, mon mental n’arrivait plus à trouver les ressources non plus..

C’est le jeu de ce genre d’épreuve, le tout ou rien.

Le sport défi, le sport dépassement.

Je ravale mes larmes et remercie tout le monde. C’est la vie. On connait les risques quand on est toujours à la limite. Autre facteur, j'ai beaucoup maigri dans l'optique de cette course, les réserves étaient basses pour se battre contre 4/5°C ressenti sur le bike.

Je ne suis même pas déçu. Je suis même fier de moi et de ce que j'ai accompli même si je passe tout près du Strike.

J'étais venu ici avec pour seul but de passer ce CUT et c'est chose faite. Le reste n'était que du bonus.

Etre Lake Finisher ne m'aurait rien apporté et aurait été encore plus incomplet pour moi..


Pour résumer le AlpsMan c’est quoi ?

Avant tout une aventure hors du commun, une parenthèse dans ce monde des chronos et la course au Slot à Hawaï. On vient ici pour vivre un truc différent, hors du temps.


Les moments forts ?

Un départ natation qui donne les frissons, une natation sans repère qui vous réapprendra à vous faire confiance et à ne pas forcément compter sur les autres.

Ensuite, le gargantuesque parcours vélo saura vous faire mal aux jambes en admirant les paysages grandioses de la région !

Enfin, le marathon est très plaisant et passe assez bien physiquement et mentalement. Circuit forestier et urbain qui change des IM classiques.

Après 27km, le cut. La dure sentance qui fait de vous un Top Finisher ou un lake Finisher.

L’ambiance ?

Elle est tout simplement dingue que cela soit entre les concurrents, le public, les supporters.

Accès accompagnateurs ?

On peut facilement couper pour retrouver son/ses protégés.

Alors, en 2017 on change quoi ?

Les pistes d’amélioration sont simples : l’éclairage et la signalisation de la partie natation qui étaient trop limites. Prévoir quelques kayaks supplémentaires, quelques lumières LED sur les bouées. Bref, pas grand chose. Tout le reste est de très haut vol selon moi et digne de très belles organisations.


Merci à l'organisation pour ce superbe event, merci à Sport Premium, Compressport France et merci au staff médical ainsi qu'à l'ensemble des bénévoles, merci enfin à Jacky pour les encouragements et les photos !

Ne cherchez pas à comparer cette course avec un Ironman classique, nous sommes ici en face d’une épreuve bien différente. Nous sommes entre l’Embrunman et l’Evergreen en croisant avec un peu d’Altriman.

En gros ? C’est très dur mais c’est un peu ça qu’on aime non ?

Merci encore à tous de vos encouragements sur la route, sur les réseaux sociaux et ici même.

Love, life and AlpsMan !

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